Lonely Circus L’interview ! {Commentaires fermés}

LONELY CIRCUS L’INTERVIEW !

Le nouvel héros de notre book de la collection REWIND, Sébastien Le Guen, équilibriste et comédien mets nos nerfs à vif. Ses équilibres sont poétiques. Comme une apostrophe sur une partition de musique, il raconte, avec tout son corps, une histoire graphique et sonore, faite de tasseaux élévés au rang de sculptures, de sangles en guise d’archet.



-Equilibriste, funambule ou fil-de-fériste, ton travail d’expression corporelle rassemble plusieurs disciplines jusqu’à introduire le jeu de comédien ou de mime. Comment définis-tu ton art ?
Je crois être avant tout un comédien, c’est même par le théâtre que je suis venu au cirque pour donner plus de consistence physique, de “magie” à mon jeu. Un comédien physique, de corps. Mon inspiration première et continuelle est celle des grands comédiens de film muet, qui savaient un peu comme les clowns au cirque “tout” faire.
Je suis très proche de cet état de jeu dans ce spectacle et c’est vraiment une grande satisfaction.

-Le nom “Lonely Circus” m’évoque le Lonesome Cowboy, un anti-héro solitaire en quête de vérité. Pourquoi ce nom et comment s’inscrit-il dans la mise en scène ?
C’est surtout le nom de la compagnie depuis 15 ans, compagnie que j’ai créée seul sur un coup de tête, de colère après la dissolution de mon premier groupe de cirque en sortant  de l’école. C’est aussi le titre du premier spectacle où j’étais un véritable homme-cirque. Mais pour être précis, lonely signifie solitaire. Aujourd’hui nous sommes solitaires à deux (ce qui arrive parfois). Lonely circus contient une sorte d’ironie poétique qui me plait bien et qu’on retrouve je pense dans les spectacles.

Durant le spectacle Fall, Fell, Fallen le son est en permanence lié au geste, à tel point qu’il prend une dimension de tension, orchestré au milimètre. On a presque la sensation que le son pourrait enclencher la chute du funambule…comment travaillez-vous pour obtenir cette symbiose ? Est-ce du live ? Quelle est la marge d’erreur, d’improvisation ?
Nous travaillons ensemble dès les premières recherches, puis de manière très régulière sur de longs mois. La partition est à la fois millimétrée mais ouverte à l’imprévu, l’accident, le contretemps, ce qui engendre un état d’écoute et de quasi improvisation très vivant.

-Dans ce spectacle, il y a des moments de tension forte. Les équilibres instables alternés de scènettes drôles voire burlesques jouent avec nos nerfs et rappellent aussi l’univers du cirque. Est-ce pour vous une façon de ne pas se prendre au jeu (voire un moyen technique de relâcher la tension / l’attention ?)
C’est sans doute une façon de conserver l’attention du public, de le mettre dans un état de qui-vive, de le perdre pour l’emmener encore plus loin. Plus globalement cela correspond aussi à une conception que j’ai de la vie, sorte de linéarité qui alterne tension, tristesse, émotions et moments de grande drôlerie.

-Nous avons particulièrement été touchés par cette façon d’oser, d’insérer subtilement quelques “délires” trés personnels. Le personnage semble tester ses limites à la manière d’un enfant qui découvre le monde. Peux-tu nous en dire un peu plus sur cet aspect ?
Nous avons souhaité laisser très ouverte l’interprétation de tout ce parcours d’auto embûches, ne pas imposer de lecture.
Nous laissons le sens affleurer, apparaître, se dégager de cette matière physique et sonore. Il va de soi que des choses très personelles pour moi sont en jeu car elles me sont arrivées au cours du travail de cette matière physique qu’elles colorent presque naturellement.
Mais je laisse vraiment le public ressentir les choses en le guidant peu, en explicitant le moins possible. Des gens rient, certains sont émus, certains sont les deux, certains passent à côté…

-Une collaboration est en cours avec Hiatus, notamment un shooting-photo où tu interviens, cette fois-ci, en tant que “mannequin”? Comment as-tu vécu cette expérience ?
C’est très particulier. J’ai eu un peu de mal à me détendre, c’est un exercice perturbant pour un comédien habitué au public (j’aurais sûrement du mal sur un tournage aussi) ; même si les vêtements sont agréables à porter et donnent une stature (j’utilise un pantalon à pont Hiatus pour un de mes spectacles pour ces raisons). Mais Jennifer et Jean-Guy souhaitaient attraper des postures au vol donc je me suis mis “à jouer’” dans un environnement urbain et les choses sont devenus plus évidentes !

-Votre actualité de binôme avec Jérôme Hoffmann (interventionniste sonore) se dessine autour du nouveau spectacle Dans les bois, représenté, entre autres, au Off du Festival d’Avignon durant l’été 2013 et repris pendant le Festival Voix de la Méditerrannée cet été : quelle a été la ligne conductrice pour ce nouvel opus de votre travail ?
Nous avons souhaité perturber notre univers en faisant entrer le loup dans la bergerie en la personne de Dgiz, slameur détonnant. C’est très ludique et réinterroge cette matière qui  n’en devient que plus précieuse…
Pour ce spectacle, les Hiatus ont réalisés une version petit chaperon rouge du jogging HACKER et un hoodie LONELY mixant gabardine et maille jogging.

La Compagnie Lonely Circus est en tournée nationale et internationale,
retrouvez toutes les dates sur www.lonelycircus.com
Représentation du spectacle DANS LES BOIS, vendredi 18 juillet 2014 à 18h à Lodève lors du Festival Voix de la Méditerrannée
Propos recueillis par Djen’