Un migrant dans la ville{Commentaires fermés}

Jean-Guy Béal, Nîmes, France

UN MIGRANT CITADIN

Aujourd’hui, 10 décembre 2013, habillé d’une jupe Kendo d’Hiatus et d’une tunique Retors, le tout sous un manteau long de chez Asos, je marche dans la ville.

Les musulmans s’interrogent : suis-je des leurs?
Il faut dire qu’avec la barbe et les cheveux tondus,
je vois dans leurs yeux comme l’attente d’un signe qui me rallierait à leur foi,
qui ferait de moi leur frère.
Les autres aussi s’interrogent,
avec plus ou moins de dédain, d’indifférence, de curiosité ou d’envie.
Et moi aussi je m’interroge.
Ne peut-on pas donner au vêtement un rôle politiquement et humainement actif ?
Pas uniquement dans le sens d’un symbole de reconnaissance et d’appartenance à une tribu, mais plutôt pour créer grâce au vêtement, de façon volontaire et active, une passerelle entre les cultures.

La première réflexion sur ce rôle que peut prendre le vêtement m’est venue en regardant un reportage sur les exilés tibétains en Inde du nord.
Parmis les exilés, il y avait d’un côté, les moines boudhistes en habits traditionnels et de l’autre les laïques, souvent jeunes et revêtant jeans et casquettes au logo de multinationales.
Les uns prêchant le pacifisme et la sauvegarde de leur culture, les autres prêts, au moins dans les mots, à prendre les armes et envieux des occidentaux.
Les uns pouvant passer pour archaïques, les autres pour immatures.

Ma vision en était là lorsque je me suis dis qu’il manquait quelque chose,
un intermédiaire, un lien, une passerelle, les boudhistes dirait : la voix du milieu.
Il manquait à ces représentations une marche entre deux extrêmes, une marche permettant de vivre, en reconnaissance de là d’où l’on vient et en découverte de là où l’on va.
Une marche permettant d’intégrer la sagesse des anciens et la curiosité du nouveau-né.
Cette démarche, sûrement, était dans l’esprit de quelques uns, mais n’avait pas de représentation, pas d’attribut vestimentaire permettant de la revendiquer, de la fédérer et de l’amplifier par une esthétique enviable.
Laissant ainsi aux extrémismes la place comme seules valeurs exprimables et digne d’intérêt.

Cet état de fait semble récurrent dans toutes les régions de la planète subissant de forts mouvements migratoires et, l’Europe et la France ne sont évidemment par épargnées par ces conséquences.
Pour s’intégrer, le migrant provenant des pays arabes semble devoir revêtir le costume du « colonisateur » armé ou mercantile (costume 3 pièces ou survêtement 3 bandes) et pour conserver son identité historique il n’a que sa tenue traditionnelle ethnique. Revêtir l’une supprime tous les bénéfices de l’autre.
Pour ce migrant et avec lui, ne pourrait-on pas créer et proposer un vêtement de transition un vêtement de liaison entre les cultures ? Un vêtement dans lequel il puisse reconnaître et transmettre la richesse de sa culture d’origine ; et aussi dans lequel il puisse reconnaître la richesse du pays d’accueil et les espoirs qu’il y met.
Le migrant est avant tout à voir comme un témoin porteur d’une culture qui vient d’un lieu où elle est en danger. Il espère léguer cette culture entre nos mains et qu’elle ne soit pas annihilée par la nôtre, mais enrichie de la nôtre.

Habillons nous mutuellement de nos cultures communes !